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Le Visage de l’Autre

 
 
Le visage de l’Autre
 
ou à propos du philosophe Emmanuel Levinas
 
 
« Confronté à autrui , je ne suis plus un simple spectateur du monde .
Dans cette rencontre de l’Autre , toujours singulière ,
dans cette présentation d’un visage , désarmé ou désarmant ,
se joue l’essentiel , l’absolu . Je dois apprendre à chaque fois que
je ne suis pas seul au monde , et cela , seul autrui peut me l’apprendre .
Je ne suis pas seul au monde , cela signifie que le monde n’est pas
tout simplement mien , mon monde , ou qu’il ne l’est
que dans la mesure où je peux l’offrir , le partager avec l’autre .
On ne  peut aborder le visage de l’autre , soutenir son regard ,
les mains vides  » J.B RUisselet
 
« Tout visage qui me fait face est une ouverture vers l’infini ,
et c’est cette ouverture qui non seulement m’impose une attitude morale
mais également me désenclave de l’être dans lequel je suis embourbé
en me guidant vers cet autrement qu’être que sont l’Amour et la responsabilisation
à l’égard de l’autre homme . » M.Le Hattab
 
 
Ces extraits d’analyses ci-dessous de Atmane Bissani proposent de réfléchir
sur le visage comme présence et comme fonction immédiates de l’être dans le monde.
 
Il s’agit de penser le visage comme trace assurant la particularité de l’être dans sa relation avec l’autre. Si l’être, nous en avons la conviction, est principalement visagéité, c’est dire présence palpable dans le monde, il est métaphysiquement absence en devenir.
 
1) VISAGE , RENCONTRE , COMMUNICATION
 
La pensée d’Emmanuel Levinas
demeure un hymne simple et profond à l’altérité et à la communication comme éthiques.
 A plus forte raison l’originalité de ce philosophe s’avère être l’introduction de l’éthique dans la philosophie.
Levinas, en effet, fonde ses méditations philosophiques sur le principe de dialogue, de rencontre, de communication et d’interpénétrabilité entre philosophie et éthique, entre l’être de l’immanence et l’être de la transcendance, entre l’extériorité comme altérité, et l’intériorité .
 
En effet, atteindre l’absolu, avoir accès à l’infini chez Levinas 
prend sa source essentiellement de la rencontre de l’autre , de ce face-à-face
entre ces deux consciences que sont l’autre et le même. En d’autres mots, chez Levinas
la quête de l’infini, de l’absolu, devrait nécessairement passer par le biais de la rencontre de l’autre
en tant que visage .
 
C’est principalement au cours de la rencontre que la signification du visage
commence effectivement à prendre forme dès lors qu’il a deux présences :
latente et patente. S’agissant de la première présence, le visage est forme géométrique,
nudité où se neutralisent signification et expression.
Le visage est dans ce sens présence physique de l’être. S’agissant de la seconde présence,
le visage est l’être de l’être, sa profondeur, sa douleur,
il est sa métaphysique, sa transcendance et son conscient/inconscient.
 Il le dit, il l’exprime, il le représente comme trace parmi les traces.
 Le visage dans ce sens est présence métaphysique de l’être.
Le même entreprend la mise en fonction,
voire la mise en signification du visage de l’autre à partir du moment
où il a conscience de sa double présence, latente et patente.
Lors de la rencontre le même entreprend la mise en fonction
et en signification du visage profond de l’autre, sa confidence qu’il ignore,
dans l’exacte mesure qu’il y voit invitation, accueil, lumière et spiritualité.
Le visage a en effet le bonheur d’être conçu comme le lieu physique
le plus métaphysique du corps, il est le lieu nu le plus voilé du corps,
il est le lieu présent le plus absent du corps,
 il est un espace mythique dont toute réception devrait être mystique.
 D’où, l’éthique Levinassienne commence à partir de la rencontre de l’autre homme comme visage,
 c’est dire que l’accessibilité aux intrigues profondes de l’autre
 devrait forcément passer par – il l’est d’emblée – le lieu de l’inaccessibilité apparente : le visage .
 
Lieu dubitatif, le visage est aussi le lieu de questionnement de l’autre,
 il se présente à lui comme ça a été, comme ça est et comme ça serait.
 Le visage ne communique pas seulement l’être comme vécu (expériences),
il le raconte aussi comme possibilité d’être, comme devenir,
 il est donc une structure ouverte, il est infini,
 » le visage, écrit Levinas, est présent dans son refus d’être contenu.
Dans ce sens il ne saurait être compris, c’est-à-dire englobé. »
 
2) VISAGE , DISCOURS , SIGNIFICATION
 
Signification, le visage est d’emblée discours.
Le discours que produit le visage est à lire d’abord sous le signe de l’étonnement
et de l’émerveillement, et, ensuite, sous celui de questionnement et de prolongement.
C’est dire que, dans un premier temps, le visage étonne et émerveille .
Dans ce sens, le même entreprend la conscientisation du visage de l’autre
comme prolongement de sa propre expérience-visage
(expérience d’être visage) dans le monde.
 
3) VISAGE , REGARD , METAPHYSIQUE
 
Le visage en effet est le lieu premier de toute rencontre, de toute altérité,
 et comme tel il est représentation de sens sans pour autant
se réduire à une simple possibilité sémantique, dès lors qu’il ne signifie
que lorsqu’il se saisit de l’extérieur par le regard de l’autre .
 
Espace dans l’espace, le visage acquiert ses fonctions fondamentales
dans sa relation immédiate avec le regard. Visage et regard sont en effet
si liés que l’un définit l’autre, il s’agit ici de deux visages
(celui du même et celui de l’autre) qui s’entrecroisent car ils sont d’abord deux regards .
le Visage, le même affiche son être, regard, l’autre le saisit comme structure signifiante.
 C’est pratiquement dans la rencontre de l’autre comme regard
que commence la réalité anthropologique, socioculturelle, psychologique
et existentielle d’un visage. Ne pas être regardé c’est se réduire au néant,
 c’est disparaître comme trace sémantiquement possible.
Le fondement métaphysiaque d’un visage, voire d’un être vient donc de l’extérieur,
 par le truchement des yeux de l’autre. Selon Levinas,
 le visage dans ce sens est identique à une façade dont le ternissement
 et le scintillement sont inhérents à la lumière du regard.
 
4) VISAGE , NATUREL , ILLUSOIRE
 
Dans cette optique ce visage-façade ne peut se révéler, donc signifier
que comme absence présente et comme présence absente.Le visage maquillé dévisage le visage,
 il le prive d’être visage, il le vide de ses traces de visage.
Le maquillage masque le visage comme trace humaine.
Le maquillage est le lieu de l’illusion qui fait de l’être l’autre de l’être. 
 Le visage maquillé cherche à séduire, il est donc
le lieu de leurre et de mystification de l’être.
 
Dans ce cadre, et loin d’être visage, le visage maquillé n’est autre que le souvenir d’un visage,
 il est vestige et ruine d’un visage passé. A cause du maquillage,
 le visage perd son identité et sa visagéité et s’attribue une autre spécieuse et artificielle,
esthétique et factice. Le visage est soit nu soit maquillé.
Entre nudité et maquillage du visage c’est l’être de l’être qui se joue.
 
5) VISAGE , LUMIERE , ETRE
 
Si le visage non maquillé est naturel, le visage maquillé est esthétique.
Si le premier est fier de son être puisqu’il s’appartient,
l’autre est un étant qui ne s’appartient pas dès lors qu’il fuit se fuit
pour atterrir dans le regard de l’autre. Un tel visage n’est donc point
la chose du même, il est la chose de l’autre. Si le premier visage
se considère dans sa finitude, c’est dire dans son achèvement,
 le second se déconsidère dans son infinitude,
c’est dire dans sa propre mystification. Il y a là perte de la visagéité du visage,
 c’est dire perte de ce qui fait d’un visage un visage.
 
Le visagisme comme méthode visant la mise en exergue de la beauté d’un visage
 ne fait en fait que la détruire dans un acharnement de subtilité,
car si tout le monde finit par avoir le même visage, la même beauté,
ce sera la fin tragique de la trace-visage comme différence identitaire dans le monde.
Le visage, cette lumière résonante qui fait transcender la quiddité
comme secret initial de l’être, cette lumière dont les rayons traversent
doucereusement le regard enfantin de l’autre,
 cette lumière qui creuse le passage de la lumière dans l’âme de l’autre
est délaissée au sort rébarbatif de l’unicité de la trace-visage.
 Si l’homme porte son visage comme identité, cette identité demeure à plus forte raison
 sa trace distinctive dans le monde, c’est dire sa solitude,
son mystère et le lieu de son étrangeté.
Ainsi »du fond de cette solitude surgit le rapport à l’autre« ,
 c’est dire la nécessité de la rencontre de l’autre, laquelle rencontre
 permettra au même de se compléter comme vacuité ontologique,
 donc de communiquer.
 
 
« L’Homme ne peut aller plus loin sans l’Autre. » E.Levines
 
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