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Morte Plaine ou Morne Plaine ?

 
 
De Morte Plaine en Morne Plaine …
 
 
On connaissait déjà Waterloo
et la Morne Plaine de V.Hugo
 

 

Ici le poème , LIRE 
   
 Il existe également dans le canton de Berne …
le Glacier de la Plaine Morte
 
 
 
Alors moi , dans un sursaut ,
 
ici , tout comme le peintre passionné ,
ne pas omettre la seconde couche déposer ,
 
Je transcris alors au troisième degré
ce poème de E.Verhaeren
 
Que je dédie perfidement à  Windows – New Version
et sympatiquement à ceux qui ne sauraient s’en contenter !
 
La plaine
 
La plaine est morne , avec ses clos , avec ses granges
Et ses fermes dont les pignons sont vermoulus ,
La plaine est morne et lasse et ne se défend plus ,
La plaine est morne et morte – et la ville la mange .
Formidables et criminels ,
Les bras des machines diaboliques ,
Fauchant les blés évangéliques ,
Ont effrayé le vieux semeur mélancolique
Dont le geste semblait d’accord avec le ciel .L’orde fumée et ses haillons de suie
Ont traversé le vent et l’ont sali :
Un soleil pauvre et avili
S’est comme usé en de la pluie .

Et maintenant , où s’étageaient les maisons claires
Et les vergers et les arbres parsemés d’or ,
On aperçoit , à l’infini , du sud au nord ,
La noire immensité des usines rectangulaires .

Telle une bête énorme et taciturne
Qui bourdonne derrière un mur ,
Le ronflement s’entend , rythmique et dur ,
Des chaudières et des meules nocturnes ;

Le sol vibre , comme s’il fermentait ,
Le travail bout comme un forfait ,
L’égout charrie une fange velue
Vers la rivière qu’il pollue ;
Un supplice d’arbres écorchés vifs
Se tord , bras convulsifs ,
En façade , sur le bois proche ;

L’ortie épuise au coeur les sablons et les oches ,
Et des fumiers , toujours plus hauts , de résidus
– Ciments huileux , plâtras pourris , moellons fendus –
Au long de vieux fossés et de berges obscures
Lèvent , le soir , des monuments de pourriture .

Sous les hangars tonnants et lourds ,
Les nuits , les jours ,
Sans air ni sans sommeil ,
Des gens peinent loin du soleil :
Morceaux de vie en l’énorme engrenage ,
Morceaux de chair fixée , ingénieusement ,
Pièce par pièce , étage par étage ,
De l’un à l’autre bout du vaste tournoiement .
Leurs yeux sont devenus les yeux de la machine ;
Leur corps entier : front , col , torse , épaules , échine ,
Se plie aux jeux réglés du fer et de l’acier ;
Leurs mains et leurs dix doigts courent sur des claviers
Où cent fuseaux de fil tournent et se dévident ;
Et mains promptes et doigts rapides
S’usent si fort ,
Dans leur effort

Sur la matière carnassière ,
Qu’ils y laissent , à tout moment ,
Des empreintes de rage et des gouttes de sang .

Dites ! L’ancien labeur pacifique , dans l’Août
Des seigles mûrs et des avoines rousses ,
Avec les bras au clair , le front debout ,
Quand l’or des blés ondule et se retrousse
Vers l’horizon torride où le silence bout .

Dites ! Le repos tiède et les midis élus ,
Tressant de l’ombre pour les siestes ,
Sous les branches , dont les vents prestes
Rythment , avec lenteur , les grands gestes feuillus .
Dites , la plaine entière ainsi qu’un jardin gras ,
Toute folle d’oiseaux éparpillés dans la lumière ,
Qui la chantent , avec leurs voix plénières ,
Si près du ciel qu’on ne les entend pas .

Mais aujourd’hui , la plaine ? – Elle est finie ;
La plaine est morne et ne se défend plus :
Le flux des ruines et leur reflux
L’ont submergée , avec monotonie .

On ne rencontre , au loin , qu’enclos rapiécés
Et chemins noirs de houille et de scories
Et squelettes de métairies
Et trains coupant soudain les villages en deux .

Les Madones ont tu leurs voix d’oracle
Au coin du bois , parmi les arbres ;

Et les vieux saints et leurs socles de marbre
Ont chu dans les fontaines à miracles .

Et tout est là , comme des cercueils vides ,
– Seuils et murs lézardés et toitures fendues –
Et tout se plaint ainsi que les âmes perdues
Qui sanglotent le soir dans la bruyère humide .

Hélas ! La plaine , hélas ! Elle est finie !
Et ses clochers sont morts et ses moulins perclus .
La plaine , hélas !  Elle a toussé son agonie
Dans les derniers hoquets d’un angélus .

 
 
 
 
Et plus le désert avance …
plus l’ardeur recule !
 
 

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